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L'INFLUENCE
DES SAINT-SIMONIENS
ET L'IDÉE D'UN ART EN AVANT-GARDE
DE LA RÉFORME DU MONDE

Neil
McWilliam
Une
esthétique révolutionnaire ? La politique
de l'art social. Aux alentours de 1820-1850.
Eric
Michaud
Le socialisme autoritaire des saint-simoniens.
Direction : Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis
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EDITORIAL
S’intéresser à la fonction de l’art
en société, c’est forcément parler
des Saint-simoniens et souvent sans le savoir. L’historien
d’art anglais Neil McWilliam a le mérite d’avoir
inventorié les origines d’une pensée française
loin d’être morte et reconduite sous d’autres
formes, hier comme aujourd’hui.
Si les artistes ne se voient plus désormais
en « avant-garde » qui répandrait des idées
neuves en s’adressant « à l’imagination
et aux sentiments », il en va davantage d’une affaire
de vocabulaire que de fondements. Neil McWilliam le dira pour
finir : cent cinquante ans plus tard, le régime culturel
de la société moderne recèle bien des éléments
« saint-simoniens ». L’art s’est élargi
à de nouvelles sphères qui en traduisent les métamorphoses
et les adaptations, parfois jusqu’à l’étouffement.
Rien de ce qui s’est pensé
en ce début du 19e siècle n’est risible à
l’aune de ce que nous savons aujourd’hui de la capacité
de l’art à s’inscrire dans une culture post-moderne.
Si l’on a renoncé aux vieux rêves utopiques
de bonheur, la fonction de l’art est bien en voie de redéfinition,
dans le cadre intraitable des impératifs de la société
de consommation et du spectacle.
Cette lettre que nous publierons tous
les deux mois se veut le lieu de discussion de cette condition
de l’art, à envisager désormais à la
lumière de l’histoire. Si le débat est présent
sur la scène contemporaine, il gagnerait aussi à ce que l’on
imagine sa profondeur historique.
Nos séances de séminaire
dans le cadre du Centre d’histoire de Sciences Po précèderont
toujours cette publication qui laissera place à deux interventions
au moins. La seconde, en écho à la première,
revient cette fois à l’historien d’art Eric
Michaud, de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales,
bien connu pour ses travaux sur l’art et le totalitarisme
: nous lui devons d’avoir passé au crible une pensée
qui tendait au salut par l’image et à faire de l’art
le servant docile d’une conception unitaire et autoritaire
du monde.
Laurence
Bertrand Dorléac
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